« Les socialistes et l’Europe : un tournant salutaire ? » par Marc Vuillemot, maire de La Seyne-sur-Mer

publié le lundi 8 octobre 2018 sur le blog de Marc Vuillemot, maire socialiste et gauche unie de La Seyne-sur-Mer (83)

Il n’est pas fréquent que je m’exprime sur mon blog sur la vie du parti auquel j’adhère depuis le milieu des années 80. Si j’ai certes toujours essayé de contribuer à la réflexion interne menée, parfois avec vivacité, toujours dans le respect (sous réserve qu’il fût mutuel…), avec mes camarades sur les orientations locales, régionales, nationales ou internationales à assigner à notre mouvement politique, je n’ai, en un tiers de siècle de militantisme au PS, que très épisodiquement pris part à quelque instance d’animation, et encore, seulement à l’échelle locale ou départementale.

D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ?… Assistant depuis des années à une longue mais constante évolution du PS vers toujours plus de renoncement aux valeurs qui ont fondé le socialisme de l’internationale ouvrière du XIXe siècle, au nom du pragmatisme de gestion (auquel je suis aussi confronté au niveau communal), mes choix m’ont continuellement placé « à la marge gauche » de mon parti, constamment minoritaire, donc jamais, hormis à La Seyne, en situation de concourir à sa direction !

RENONCEMENT DES SOCIALISTES = PROGRESSION DES NATIONALISTES

Aujourd’hui, j’ai peur. Peur, au regard de ce qui, lentement mais sûrement, scrutin après scrutin, se dessine en Europe pour l’année 2019. Peur car j’assiste à la montée inexorable des populismes d’extrême-droite, année après année, dans nombre de nations de notre Vieux Continent. Un article très complet du Figaro, illustré d’une carte comparative montrant l’évolution des nationaux-populistes en Europe depuis 2001 (cliquez ICI ou sur la carte pour y accéder) me fait frémir d’inquiétude.

Ce dernier week-end encore, c’est en Lettonie que les partis nationalistes et populistes se sont taillé la part du lion des suffrages du petit peuple balte.

Les Européens payent les uns après les autres le prix de la part belle faite au capital par les libéraux successifs de nos gouvernements nationaux et de la commission européenne, continuant sans vergogne à fracasser les droits des peuples et les équilibres écologiques, et des compromissions des socio-démocrates prêts, tels ceux d’Allemagne, à des coalitions contre-nature qui ne dérangent nullement le Parti socialiste européen (PSE), empêchant tout rapprochement de projet avec les autres sensibilités de la gauche et de l’écologie, seule stratégie susceptible d’offrir une alternative crédible. Les gens se tournent vers la seule offre restante, fût-elle celle du pire pour leurs libertés, les solidarités, l’égalité et la laïcité, sur fond de « on les a tous essayés, sans embellie aucune, balayons-les et essayons ceux qui restent sur le marché, fût-ce en nous bouchant le nez ».

PROJET SOCIALISTE EUROPÉEN : PEUT-ÊTRE LA DERNIÈRE CHANCE POUR L’UNITÉ

Et le Parti socialiste français me semble à nouveau aveugle à cette sinistre évolution dans la perspective de l’élection européenne de l’an prochain. Cette semaine, le jeudi 11 octobre, ses adhérents seront appelés à se prononcer sur le projet à proposer aux électeurs en juin 2019.

Si, je le reconnais, la direction du PS a largement consulté, obtenant plus de 2.000 contributions de ses militants, pour élaborer un texte d’orientation pour l’Europe de demain, le résultat, sous forme d’un document intitulé « Changeons d’Europe », ne me fait pas vibrer. Il ne crée notamment pas les conditions d’une discussion avec les autres partis de gauche en vue d’une stratégie de coopération, seule solution pour espérer devancer l’extrême-droite française, n’exposant notamment pas explicitement une volonté de respecter le vote des Français de 2005, qui avaient rejeté par referendum à 55% le traité constitutionnel européen.

Il a donc fallu que « l’aile gauche » du PS propose au vote des adhérents un texte alternatif, ayant pour titre « Une Europe au service des peuples », qui vise à rompre avec le béat « accompagnement social du capitalisme » ayant montré ses limites face au libéralisme débridé qu’impulsent depuis des décennies le Parlement de Strasbourg et la Commission européenne et qui fructifie le terreau des inégalités et des injustices sur lequel se nourrissent les nationalistes de tout poil.

UN PROJET POUR LES PEUPLES, GAGE DU RECUL DES OBSCURANTISMES

Voter majoritairement pour que ce texte alternatif à celui de la direction du PS soit le cadre de référence des socialistes pour juin 2019 est peut-être la dernière occasion de préserver l’unité des descendants de Jaurès et éviter que le parti ne finisse de sombrer.

J’ai vraiment déploré les abandons successifs de tant de mes camarades, depuis les amis de Jean-Luc Mélenchon créant le Parti de gauche, jusqu’à la récente fondation de Génération.s avec Benoît Hamon, mais, aujourd’hui, je comprends leur découragement et leur volonté de poursuivre ailleurs le combat.

Je veux cependant encore y croire, au moins jusqu’à samedi prochain, moment où seront proclamés les résultats de cette consultation interne. Amis socialistes, ressaisissez-vous. Saisissez l’ultime chance pour notre unité, préalable à celle de toute la gauche et à l’échec des obscurantistes du continent.

2018-10-08T08:47:20+00:00 8th octobre 2018|Categories: Dans les fédérations, Europe, Vie du Parti|