« Il faut incarner un socialisme décomplexé », selon Emmanuel Maurel

INTERVIEW – Le candidat au poste de premier secrétaire souhaite que le Parti socialiste redevienne « le parti du mouvement » et reprenne « l’offensive pour construire un nouveau rapport de forces sur le terrain social ».

La défaite du Parti socialiste est le résultat d’un « vote-sanction », selon Emmanuel Maurel. Le candidat au poste de premier secrétaire du Parti socialiste a un regard critique sur le précédent quinquennat : « Pour nombre de nos compatriotes de gauche, ce quinquennat a représenté une perte des repères spectaculaire. Pacte de responsabilité, loi travail, déchéance de nationalité : les Français ne se sont pas reconnus dans ce que nous avons fait, et finalement ne nous reconnaissent plus ».

Emmanuel Maurel estime que le parti doit « redevenir le parti du mouvement et reprendre l’offensive, pour construire un nouveau rapport de forces sur le terrain social et dans les institutions nationales et locales de la République ». Afin d’y parvenir, le Parti socialiste doit se réconcilier avec l’ensemble des acteurs sociaux de terrain, avec les syndicats, les ONG, le monde de la culture ».

Plus précisément, le député européen estime qu’il est « possible de relever le Parti socialiste (…) Les socialistes ont été naïfs. Quand on voit qu’Emmanuel Macron a augmenté la CSG pour les retraités, supprimé l’ISF, supprimé les contrats aidés… Il faut que l’on assume d’être dans une opposition frontale« , explique-t-il à RTL.fr.

Contre Macron et Le Pen

Emmanuel Maurel s’oppose frontalement à Emmanuel Macron et au gouvernement d’Édouard Philippe. « Le Parti socialiste doit affirmer sans ambiguïté sa place dans
le contexte national issu des élections. Nous sommes un parti d’opposition et pas la force supplétive d’une majorité clairement marquée à droite ». Le candidat se projette ainsi dans une alliance avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise : « Rien de ce qui est à gauche nous ait étranger. On a besoin de toutes les forces. Plus il y a de monde, plus nous pourrons nous opposer au gouvernement« , ajoute-t-il à RTL.fr.

Et d’ajouter : « Les six premiers mois du quinquennat ont démontré de manière éclatante qu’on ne peut pas être socialiste ‘et en même temps’ dans la complaisance à l’égard de Macron ». Pas de doute donc : « Le cap a été donné, il ne changera pas. Économiquement, idéologiquement, politiquement, Emmanuel Macron est le Président des riches ».

Pas question non plus de laisser le champ libre au Front national. « Nous n’accepterons jamais de laisser le champ libre au Front national dans l’électorat populaire. Notre objectif prioritaire, c’est de renouer avec le corps central de la société (les ouvriers et les employés du public comme du privé) et la jeunesse, l’avenir de notre pays ».

« Écosocialisme » et « combat social »

Emmanuel Maurel prône un « écosocialisme » et veut incarner un « socialisme décomplexé ». « Le réchauffement s’accélère. La biodiversité se réduit. La pollution des océans, de l’eau, de l’air et des sols ont atteint un seuil plus qu’alarmant au point de menacer la santé, l’avenir de la planète et de l’humanité », explique le député européen avant de poursuivre : « La solution ne pourra venir que de la mise sous contrôle des puissances économiques et financières qui en voulant faire la loi du monde provoquent son chaos ».

Le socialiste estime que « la solution ne pourra venir que de la transformation de notre société consumériste et productiviste en une société plus sobre et mieux intégrée à son environnement écologique ».

Le « combat social et le combat écologique en devenant pleinement écosocialistes (…) Nous ne nous conformerons pas à la COP21 en laissant la main invisible du marché autoréguler la production d’hydrocarbures et faire spontanément émerger leur contrepartie en énergies
renouvelables. Il est vital pour la collectivité de se réapproprier ces secteurs et de les soumettre à l’intérêt général« .

Lutter « fermement » contre la précarisation

« Il faut plus de coopération et plus de solidarité et moins de marchandisation du monde », affirme Emmanuel Maurel à RTL.fr. En partant du constat que « les Français attendent de nouvelles perspectives sur leur pouvoir d’achat, sur la sécurité sociale, la protection de l’emploi et la démocratie dans l’entreprise », le député européen s’engage à organiser une « riposte ferme à la précarisation et l’atomisation sociale dont usent et abusent les entreprises ‘innovantes’ et ‘disruptives’ du monde merveilleux de l’ubérisation ».

Selon lui, il faut « rééquilibrer le rapport de force entre salariés et employeurs, le partage capital-travail, l’articulation entre la loi et le contrat, tout cela fait partie de nos missions – d’autant plus que l’émiettement du travail et la segmentation des processus de production ont considérablement affaibli le salariat et que le pouvoir actuel mène une offensive historique contre les droits collectifs« .

Il propose ainsi que « la loi confère aux travailleurs des plateformes le statut salarié à partir d’un certain niveau de chiffre d’affaires ou sur la base de tout autre critère de subordination économique. Il faudra rétablir la hiérarchie des normes et le principe de faveur, mais aussi (à nouveau) prendre en compte la pénibilité au travail, soigner les maladies liées à l’épuisement professionnel, interdire les ‘licenciements boursiers’ »

L’Europe « un espace de paix »

En matière d’Europe, afin de « limiter une concurrence délétère entre salariés européens, livrée au nom de la ‘liberté de prestation de services’, il convient aussi de faire du travail détaché une exception. Enfin, nous défendons l’idée que les représentants des salariés
siègent dans les conseils d’administration et que, plus largement, le pouvoir salarié puisse aller jusqu’à l’autogestion ».

L’eurodéputé indique dans son texte d’orientation que « si l’Europe continue de s’abandonner au dumping fiscal, au moins-disant social, si elle continue de tourner le dos à ses valeurs, elle s’exposera à la dislocation. Il faut revenir à l’ambition initiale de l’Europe : celle d’un espace de paix, de solidarité, de prospérité et de protection pour tous ».

« Une première étape serait l’organisation d’une conférence européenne de toutes les gauches qui restent attachées à une Europe au service des peuples. Elle pourrait s’adosser sur des rassemblements régionaux communs à plusieurs pays frontaliers qui enverraient des délégués à cette Conférence continentale », écrit Emmanuel Maurel.

RTL organise en partenariat avec LCI et Le Figaro un débat entre Luc Carvounas, Olivier Faure, Stéphane Le Foll et Emmanuel Maurel, mercredi 7 mars à partir de 21 heures. Posez toutes vos questions dans les commentaires de cet article, les candidats y répondront en direct.

Photo : AFP PHOTO / XAVIER LEOTY

2018-03-05T16:28:14+00:00 5th mars 2018|Categories: Dans les médias|